Les pavés humides collent aux semelles,
l’odeur du café tiède s’échappe d’une ruelle ouverte,
le vent ramasse les feuilles mortes,
et la ville respire dans le rythme des pas, lent et précis.
Certains se croient illuminés,
leur lumière tremble dans une ampoule jaunie,
faible et vacillante, suffisante juste pour se voir briller.
Le monde applaudit ces fantômes de clarté,
ignorant que l’ombre sait mieux que quiconque respirer.
L’ombre avance, dense et mystérieuse,
partout où elle passe, la lumière la suit,
glissant sur les murs, caressant les textures,
révélant des détails qu’aucune ampoule ne peut atteindre.
Ils se voient dans l’écran froid,
croient dominer le monde dans des images répétées,
mais ceux qui regardent s’habituent à la médiocrité
que l’ombre refuse, imperceptible mais entière.
Mon écran reste noir,
et dans son silence, il devient miroir discret.
L’œil glisse sur les formes et les textures :
la lumière filtrée des fenêtres hautes,
le parquet chaud, les tissus épais, le café fumant,
les rideaux frémissant, les voix familières derrière les portes.
Chaque geste s’épaissit, chaque souffle s’étire,
le temps se déplie comme un plan long sur les rues mouillées,
Paris imaginé dans Pékin,
tout ce qui vit dans le calme se révèle.
L’ombre avance, silencieuse,
déjà baignée d’une lumière qui ne vacille pas.
Elle choisira sa clarté,
pas ces éclats maigres que le monde applaudit.
Chaque instant vécu construit une lumière entière, réelle, tangible.
Et lorsque l’ombre s’étendra enfin,
que chaque geste et chaque souffle se déploiera dans l’espace,
ce sera une lumière mesurée, exacte,
où la densité de chaque instant suffira à se faire sentir,
où la vérité de ce qui est vécu rayonnera sans effort,
comme une présence que l’on reconnaît d’un seul regard,
silencieuse mais complète.
- Cons
